"Il était une fois... Toutes les histoires devraient commencer comme ça, n'est-ce pas messire Roi ?"
Le Roi, sur un trone de bois massif qui aurait été d'une simplicité depassant les cauchemars de n'importe quel homme avide de pouvoir s'il n'etait recouvert d'un or fin et inalterable, se tenait au bout de l'immense salle de reception, attenante à ces appartements privés.
Tout indiquait chez lui qu'il n'etait pas une personne ordinaire mais un homme de pouvoir, de ses chausses à sa couronne, il n'etait qu'argent et or, puissance et souveraineté. Et pourtant, le vieux Roi etait avachis sur son trone tandis qu'un bouffon declamait maints vers pour tenter de le distraire.
Mais plus rien ne lui offrait la moindre distraction, si ce n'etait encore ce bouffon, qui lui comptait maintes legendes et faits oubliés mais qu'il n'ecoutait pas ou peu. Un bouffon pas comme les autres, se disait-il, quand un peu de lucidité lui revenait, qui savait toucher là ou le coeur et l'esprit des gens se cachaient.
D'un geste las de la main, le Roi lui fit signe de continuer.
- Il était une fois ... mais l'histoire s'ecrit à nouveau aujourd'hui, messire Roi, fit le bouffon avec un clin d'oeil exagéré au monarque, faisant tinter les armures des deux hommes de garde qui se tenaient chacun d'un coté du Roi. Ils n'aimaient pas tant de libertés envers leur bon souverain, mais le Roi lui-même semblait tout accepter du bouffon.
D'un ample geste ce dernier commença une petite danse devant le Roi tout en le regardant dans les yeux, et s'arreta enfin d'une manière graçieuse, presque magique pour baisser ensuite les yeux, accroupi, un genoux à terre.
Il recommença alors à prendre la parole:
"Il est une fois, un Dieu, qui, par ses pêchés fut envoyé sur une terre qui n'etait pas la sienne, que certains appellent U-Topos ou encore Outremonde. Quels autres pêchés avait-il commis que d'aimer une humaine ? Et du haut de son royaume séculaire, dans des cieux qui étaient son domaine, le Dieu jouait le destin de sa jeune protégée, lui apportant chance et bonheur. Jamais humaine n'avait eu si belle vie, mais le Dieu, jaloux de la beauté qu'elle suscitait et dont il ne pouvait profiter pleinement, la priva de tout amour possible autre que l'amitié.
Chaque jour le Dieu voyait sa belle changer, vieillir et se fletrir par le manque d'amour.
Alors la belle, en bas, deçida d'implorer et de prier chaque jours Deus, le Dieu premier, père des pères pour essayer de comprendre ce qui lui arrivait, n'en ésperant pas moins qu'un geste bénéfique et divin du plus puissant des Dieux...
Alors bien vite Deus le père, dont les pouvoirs étaient - et sont toujours - immenses trouva le coupable et le chatia. Le Dieu fautif fut alors envoyé parmi les hommes, parmi sa belle et il se mit alors en quete de son coeur sans pouvoir la trouver. Deus le père lui avait enlevé tout pouvoir, sauf un étrange et particulier qui le faisait admirer par tous de façon involontaire. C'est alors qu'il compris la quête humaine, que chaque hommes et femme essayaient de mener, la richesse, le pouvoir, et pourquoi pas l'amour."
Le roi au grand étonnement de toute la cour releva la tête en tremblant, en proie à des tourments interieurs, et regarda le bouffon du haut de son trône, des spasmes ridicules agitant sa tête, faisant tinter sa couronne sur son trone.
Enfin, il fit signe au bouffon de continuer, qui repris alors sa posture initiale, tête baissée, genou à terre, comme pour demander pardon.
"Mais le Dieu, reprit-il, devait aussi faire face aux tourments de la mort, comme un humain, sauf s'il savait trouver redemption... Le Dieu, que les possibilités humaines faisaient rêver, se fit alors, par son pouvoir de persuasion, de nombreux alliés humains et même s'il fit de terribles choses, de grands faits furent menés de sa main et c'est ainsi que des peuples barbares aux confints meridionaux, il allia et detruisit des peuples entiers, créa des royaumes et se fit Roi lui-même. Dans sa quête d'expansion, il cru que le pardon lui serait donné par l'ordre qu'il avait reussis à établir chez les hommes et en vint même à oublier celle qu'il aimait... mais les tourments du coeur sont inaltérables..."
Le Roi semblait plus blême que jamais et l'assemblée de courtisans et autres gardes et valets semblait préoccupés par l'état de leur souverain... Que lui arrivait-il ?
Les yeux hagards, la poitrine se soulevant au son maladif de sa réspiration, il fit signe au bouffon de continuer.
"Cela pris moins de sept années humaines au Dieu/Roi pour unifier et detruire une bonne partie des territoires d'Outremonde. Sept années ou il cru pouvoir trouver pardon et ou rien ne se produisit.
On raconte alors que le Roi, ne sachant pas ce qu'on attendait de lui, tomba dans une deprime lourde et profonde qui l'empechait de raisonner et de rage envoya une nouvelle armée à la guerre, avant de plonger dans un mutisme et un état qui lui laissait tout loisirs de penser à Ena, sa belle, dont seul le souvenir d'un amour impie le laissait encore loin de la folie."
Le roi se leva de son trone, sa main tremblante sur la garde de son épée, et intima d'un seul regard au bouffon de continuer.
"Il est une fois... une guerre à l'est des royaumes déjà concquis qui fait d'enormes ravages. Il y a deux jours, deux soldats qui pensaient avoir tout tué sur leur passage, retrouvèrent une jeune femme dans une grotte, qui priait Deus le père. Ils tuèrent Ena sans pitié... Ainsi"
Le Roi, dans un cri de rage le coupa, ne voulant en entendre plus et s'avança vers son bouffon, les yeux emplits d'une folie assassine.
- Ne me dit pas qu'ils ont tué mon aimée... ENAAAA..., cria-t-il tandis qu'il fondait en larmes.
Le bouffon, d'un air etrangement calme, parla alors d'une voix qui n'etait pas la sienne.
- Tu as faillis, dit-il alors, avec la voix du Père lui-même. Il te suffisait de retrouver ton aimée et de lui avouer tes sentiments pour que je t'accorde mon pardon ... mais tu as succombé aux nombreux pêchés humains, tu es et restera un simple mortel.
Sous le regard d'une assemblée de courtisans, le Roi se jeta de la fenêtre latérale de la salle du trône dans un grand cri pour retomber 20 mètres plus bas.
By Nicobé (krnage93)